NORD – Solesmois

couverture_des-fraises-en-hiver_claude-marie-vadrotDes Fraises en Hiver, et autres besoins inutiles de notre alimentation

  •  Auteur : Claude-Marie VADROT
  • Editions : Delachaux et Niestlé
  • Collection : Changer d’ère
  • ISBN : 978-2-603-01679-4
  • Pages : 174

 

Sommaire

  • Introduction : Quand fruits et légumes mondialisés ramènent leur fraise
  • Chapitre 1 : Quand le communicant réinvente la pomme au paradis des marchands
  • Chapitre 2 : Mon pauvre monsieur, y a plus de saison
  • Chapitre 3 : Longs voyages alimentaires vers l’Europe
  • Chapitre 4 : Trop d’épines sur les roses voyageuses
  • Chapitre 5 : Escargots, veaux et grenouilles prennent l’avion
  • Chapitre 6 : Les kilomètres s’entassent dans les assiettes
  • Chapitre 7 : De la fraise à l’Airbus, tout est délocalisable
  • Conclusion : Et pendant ce temps-là, le gaspillage de nourriture…
  • Postface : La fin du voyage
  • Que faire ? Petites et grandes solutions

Le thème

Claude-Marie VADROT, dans son ouvrage, nous amène à la réflexion sur notre quotidien et sur nos modes de consommation. Il traite dans chaque chapitre d’un cas particulier en l’analysant en profondeur. Dans ce livre, la fraise reste le symbole des produits “hors saison” qu’il est banal de trouver sur les étals dès janvier. La banalité, voilà le problème de fond. Banalité créée par les gourous du marketing des grands groupes de distribution qui nous expliquent ce que nous devons manger, et ce qui est bon pour notre santé. Nous avons perdu la relation à la nature et nous sommes déphasés par rapport aux saisonnalités.

Eh oui ! La nature a besoin de suivre des cycles. A besoin d’eau, de lumière, de soleil, de chaleur à certains moments opportuns. L’homme joue avec ces constantes au risque de tout dérégler.

Pour pouvoir produire “hors saison”, les laboratoires ont mis au point des “produits” (nous ne sommes plus dans le monde du vivant) supportant particulièrement bien les manipulations et les transports. Des “produits” standardisés, clonés, élevés (produits ?) à grand renfort de produits chimiques et dans un double irrespect : celui de la nature et de l’environnement, celui de la main d’œuvre employée et exploitée sur les lieux de production.

Un pur produit marketing sans aucun goût. Peu importe, c’est un produit d’appel !

Claude-Marie VADROT va au fil de son livre prendre des exemples de ce problème de société.

Un livre publié en octobre 2010, qui est toujours d’actualité (malheureusement).

Notre avis

Notre avis est particulièrement simple : lisez-le !

En effet, Claude-Marie VADROT a travaillé en profondeur son sujet, les exemples sont particulièrement pertinents. Qui plus est, l’auteur sait manier un certain humour, même si le sujet est grave. Il suffit pour s’en convaincre de lire le sommaire que nous avons repris ci-dessus.

Donc, lisez-le et parlez-en autour de vous afin d’incitez votre entourage à prendre conscience de nos modes de consommation. Et surtout, vous, lecteurs, mettez en action les principes simples relevés par Claude-Marie VADROT à la fin de son ouvrage. Devenez consom’acteurs ! Et ne laissons pas les grands groupes de la distribution nous imposer leur choix au détriment de la planète. Nous avons les cartes en mains, agissons !

N’hésitez pas à mentionner dans les commentaires les actions que vous avez mises en place afin de devenir consom’acteurs.

Entrons dans le détail de chaque chapitre

Introduction : Quand fruits et légumes mondialisés ramènent leur fraise

fruits-legumesL’Espagne est plus particulièrement l’Andalousie produit 28% des 1.1 million de tonnes produites dans l’Union Européenne. A comparer aux 4% de la France. La production industrielle des fraises génère une dépense énergétique extraordinaire : au moins 20000 poids lourds par an pour un dizaine de tonnes chacun, roulant sur des distances énormes (plus de 2500 km entre les lieux de production et les lieux de vente). L’Andalousie c’est 6000 ha couverts de serre en plastique. Seulement 60% sont autorisés. Les 40% restants ? On ferme les yeux, business oblige ! Le lobby des producteurs de fraises est très actif.

Le pire : l’Andalousie devient un désert couvert de plastique. Terres stérilisées, consommation d’eau en augmentation et réserve en diminution, emploi de produits chimiques (interdits !) qui tue la biodiversité de la région.

L’homme aussi en paye le prix. La main d’œuvre bon marché et saisonnière est exploitée puis “jetée”, exposée en permanence aux produits chimiques. Cet main d’œuvre bon marché permet de compenser les dépenses en transports énormes.

(…) quel est l’intérêt, autre que financier, de faire manger aux Africains des poulets produits à la chaîne et congelés en Bretagne ou ailleurs par des industriels de la malbouffe, parce que ceux qu’ils élèvent, les célèbres “poulets bicyclettes”, sont un peu plus chers malgré la proximité des élevages familiaux ? De même, quelle est la logique qui conduit le riz camarguais ou les riz américains sur les marchés de Dakar ? Les Africains, les Européens –en fait le monde entier- se retrouvent prisonniers d’un maelström mondialisé, d’un mouvement quasi perpétuel qui vise à nous persuader qu’il est normal de faire voyager sur des milliers de kilomètres des fruits, des légumes, des tissus, des yaourts, des fromages, de la viande, des voitures ou des bicyclettes qui font gaspiller largement plus d’énergie dans leur transport que pour leur fabrication ou leur culture.

Chapitre 1 : Quand le communicant réinvente la pomme au paradis des marchands

pommesIl y a 40 ans, aux USA, le marketing réinvente nos produits de consommation quotidienne. Ils seront standardisés ! Au diable la biodiversité !

Il fallait donc, pour satisfaire d’aussi rentables objectifs, que les fruits ou les légumes sélectionnés par les “Star Académies” des communicants et de leurs obligés accèdent à une certaine beauté soigneusement apprêtée, et surtout qu’ils conservent toujours le même aspect. (…) les oignons se devaient de rentrer dans le rang et les pommes de sembler sortir du paradis.

Ces fruits et ces légumes, tendant vers la perfection esthétique, devaient, d’un jour à l’autre, d’une année sur l’autre, se ressembler, et donc également ressembler aux “choses” parfaites présentées dans les dossiers de communication et les publicités.

Cette standardisation s’est appliquée en premier aux pommes ou devrai-je dire à “LA” pomme étant donné le peu de choix possible. Les variétés formatées sont dorénavant des marques déposées comme la Pink Lady® inventée à la fin des années 90. La produire demande le paiement de la “dîme” au “concepteur”. La France regroupe un millier de variétés (pour 10000 au plan mondial). Seule une dizaine de variétés se retrouve sur les étals . Le “Beau” au détriment du Bon !

Le marketing a créé le besoin de fruits notamment exotiques : orange, banane, mangue, avocat… Fruits qui arrivent chez nous après l’exploitation d’une main d’œuvre locale bon marché exposée encore et toujours aux produits chimiques abondamment déversés sur les plantations.

Chapitre 2 : Mon pauvre monsieur, y a plus de saison

Fruits et légumes de saison ? Faites le test autour de vous, posez la question “définir et nommer des fruits et légumes de saison”. Toute une génération a oublié ce que peut être les fruits et légumes de saison, conditionnée depuis plus de 20 ans par un marketing parfaitement orchestré.

Combien de gens sont persuadés que les tomates poussent toute l’année en pleine terre ? Alors que, pendant au moins la moitié de l’année, c’est impossible, qu’elles viennent des Pays-Bas ou du sud de l’Espagne. Dans le même temps, chaque année, les dossiers de communication de la grande distribution et de quelques grandes exploitations agricoles tendent à nous faire croire qu’en raison du gel, il est impossible d’arracher les poireaux ou les carottes et de cueillir les salades pendant quelques jours.

 Nous avons oublié les cycles naturels des végétaux. Non ! Les fraises ne mûrissent pas en hiver en France !

Il est surprenant que, dans un pays dont les habitants sont de plus en plus passionnés par la météo et inquiets du changement climatique, cette problématique de la saison ne génère pas davantage d’interrogations.

Les pays fournisseurs de la France en fruits frais sont :

  • La Grande-Bretagne : 220000 t
  • L’Espagne : 200000 t
  • Les Pays-Bas : 145000 t
  • La Belgique 100000 t
  • L’Italie : 100000 t

Ces tonnages représentent des centaines de milliers de camions sur la route ! L’impact environnemental, dû aux émissions des gaz d’échappement, est donc énorme. Un exemple qui fait réfléchir : la plateforme de Perpignan (fruits) centralisent les transports en provenance de l’Espagne et reçoit tous les ans 400000 poids lourds.

Chapitre 3 : Longs voyages alimentaires vers l’Europe

Banalisation des échanges mondiaux ! Peu de consommateurs réfléchissent aux conséquences des provenances des fruits. Communication parfaitement orchestrée… “on ne peut pas faire autrement !”.

la tromperie et l’illusion d’un été permanent, ainsi entretenues par l’omniprésence des fruits mondialisés et banalisés, ont partout cette redoutable efficacité : “Où est le problème ? demandait une belle bourgeoise de l’avenue du Trône questionnée sur la pomme chilienne qu’elle venait d’acheter. Elle a l’air belle, vous avez quelque chose contre le Chili ?

Méfions-nous des campagnes promotionnelles pour tel ou tel fruit. Très souvent retranchée derrière un discours pseudo-médical. Elles sont là pour créer l’accoutumance, la banalisation et la justification des kilomètres parcourus. Quelque soit le fruit présenté, chose extraordinaire, le texte sera le même !

Le danger est de créer dans les pays du sud des famines en monopolisant les terres vivrières au profit des exportations. Comme au Sénégal : 200 ha pour produire des tomates cerises (produisant 10% de la consommation européenne). Le salaire de l’ouvrier agricole étant de 2.80€/jour.

Chapitre 4 : Trop d’épines sur les roses voyageuses

roseLes fleurs coupées qu’on trouve (à bas prix) dans les boutiques spécialisées et grandes surfaces proviennent des Pays-Bas. Enfin le semble-t-il ? Les Pays-Bas achètent 95% des roses produites en Afrique ! Pour les revendre après naturalisations néerlandaises (!) et repartir, toujours en avion, vers toute l’Europe, les USA et le Japon. Les Pays-Bas sont la plaque tournante du commerce de la fleur avec le marché d’Aalsmeer dont le bâtiment couvre 150 ha ! Chaque jour (sauf le week-end) 20 millions de fleurs et 2 millions de plantes circulent. Gaspillage énergétique énorme pour transporter ces fleurs à la durée de vie si brève, bien évidemment possible par l’exploitation des ouvriers locaux. Eh oui, les roses ne fleurissent pas en hiver chez nous ! Une rose cueillie le lundi au Kenya, transite aux Pays-Bas le mercredi, arrive à Rungis le vendredi pour être vendue le week-end.

La Rose et le Kenya en chiffres et en faits

  • 5000 ha près du Lac Naivasha
  • Une culture industrialisées à grand renfort de pesticides et d’engrais
  • Le lac entièrement pollués
  • Une consommation d’eau énorme (le lac a baissé de 3 m depuis 1980)
  • les Masaïs chassés de leurs terres
  • Une eutrophisation du lac
  • La disparition d’espèces animal (le quart des hippopotames a disparu, moins de poissons, le bétail qui meure après s’être abreuvé sur les berges)
  • Une prévision à 15 ans d’avoir un lac mort
  • La végétation des bords du lac a disparu
  • Érosion
  • Stérilisation du sol (comme en Europe pour les fraises)
  • Pour les ouvriers agricoles (environ 2000 pour 220 ha) ce sont les expositions aux produits dangereux sans aucune protection (femmes, adolescents, enfants) : maladies pulmonaires et digestives, affections cutanées, cancers, maladies du foie et des reins, malformations à la naissance…
  • Disparition des cultures vivrières et de l’élevage
  • Salaire des ouvriers de 40 à 50€ par mois pour 12 heures quotidiennes
  • D’autres pays suivent “l’exemple” du Kenya : Ethiopie, Zambie, Rwanda, Ouganda, Zimbabwe et également en dehors de l’Afrique Chine, Thaïlande, Colombie, Equateur.

La population est passée de 7000 en 1969 à 300000 en 2007. En attirant tant de gens, les sociétés internationales d’horticulture ont créé un fardeau écologiquement insupportable pour le lac. Les gens utilisent et polluent l’eau pour vivre, ils braconnent pour se procurer de la viande. Ils vont de plus en plus loin pour se procurer du bois et fabriquer du charbon de bois. Un arbre de cinquante ans fournit environ cinquante sacs de charbon de bois et une famille utilise quotidiennement un sac.

Derniers chiffres, qui rappellent en passant que ce commerce, censé répondre à une demande de la clientèle, a été organisé, puis monté en puissance par les grands circuits de distribution : en 2006, le super et hypermarchés représentaient 3.2% des ventes de roses ; en 2009, ils ont écoulé plus de 50% de ces fleurs, produites dans les pays du Sud.

Chapitre 5 : Escargots, veaux et grenouilles prennent l’avion

escargotLe ramassage des escargots est très encadré. Trois espèces sont visées : le petit gris, Helix aspersa Muller, son cousin germain, Zonites algirus et l’escargot dit ”de Bourgogne”, Helix pomatia Linnaeus.

Interdiction du ramassage des spécimens vivants d’Helix pomatia et de leur cession à titre gratuit ou onéreux : en tout temps lorsque la coquille a un diamètre inférieur à 3 cm ; pendant la période du 1er avril au 30 juin inclus lorsque la coquille a un diamètre égal ou supérieur à 3 cm. Interdiction de ramassage de spécimens vivants à coquille non bordée d’Helix aspersa et de leur cession à titre gratuit ou onéreux en tout temps. Interdiction du ramassage de spécimens vivants de Zonites algirus et de leur cession à titre gratuit ou onéreux en tout temps, lorsque la coquille a un diamètre inférieur à 3 cm.

Paradoxe de la législation française, les tuer (on parle bien de ramassage dans le texte précédent), a priori, ne pose aucun problème au législateur puisque la vente d’anti-limaces (qui fonctionnent parfaitement sur les escargots) est libre et autorisée.

Des chiffres :

  • 20000 t consommées
  • 6000 t ramassées
  • 1000 t issues des fermes
  • 17000 t importées (Turquie, Grèce, Pologne, Hongrie, Indonésie)

Les Français sont les premiers consommateurs de grenouilles dans le monde avec 5000 t. Leur cas est similaire aux escargots. Elles proviennent de Turquie pour les vivantes et d’Asie pour les congeler.

40% des veaux nés en France partent en engraissement en Italie, en Espagne ou en Pologne en fonction des subventions favorables. Bien évidemment, à l’aller comme au retour le voyage se fait en camion. De même, le lait voyage au sein de l’Europe : le lait des brebis des causses de l’Aveyron voyage vers la Grèce pour être transformé en Feta, puis revient en France ; les producteurs de fromage français importent le lait de Pologne, Grande-Bretagne… pour produire des camemberts et autres fromages de nos terroirs. De même, un comté fabriqué en Bretagne prend son appellation d’origine “contrôlé” après un petit séjour en Franche-Comté.

La charcuterie voyage tout autant. La Bretagne produit (fabrique ?) 60% des porcs français et seulement 25% de la charcuterie. L’industrie charcutière utilisant aussi des porcs belges, danois, hollandais, espagnols. Les indications d’origine contrôlée ou protégée ne fait en aucun cas état du lieu de naissance et d’élevage des animaux.

cauchemar-de-darwinPoissons et crustacés ne sont pas en reste. La perche du Nil, dont l’industrie a été révélée par le film de Hubert SAUPER, Le cauchemar de Darwin, et qui en parallèle de la Rose détruit le Lac Victoria. Le film a permis de faire disparaître des étals l’appellation si poétique de “Perche du Nil”. Elle est emblématique de l’exploitation du Sud par les grands groupes de distribution du Nord.

De même, les crevettes roses aussi prennent l’avion. Elles sont “produites” et cuites en Thaïlande, Equateur, Argentine, Inde, Vietnam, Madagascar, Brésil. Les volumes importés : 800000 tonnes en 2008 selon l’U.E.

Visionner le documentaire ci-dessous et tout particulièrement à partir de la 40ème minute pour voir un exemple d’élevage de crevettes.


Le problème majeur de toutes ces importations concerne la traçabilité tant sociale que sanitaire ou environnementale.

Autre exemple, le panga, de la famille des poissons chats et en provenance du delta du Mékong. L’avantage de ce poisson : croissance rapide, filets sans arête… pas de goût et prix défiant toute concurrence. Quelques faits concernant le panga :

  • concentration de 250000 individus par étang
  • nourris avec des farines de poissons en provenance de Chili
  • les femelles sont traitées avec des hormones prélevées dans les urines de femmes enceintes
  • eaux traitées avec des désinfectants et des antibiotiques (une partie s’accumulant dans la chair des poissons)
  • pollution du fleuve par les vidanges des bassins
  • le Vietnam exporte plus d’ un million de tonnes par an

Ou encore, le Saumon Atlantique… “produit” sur les côtes chiliennes dans le Pacifique dans les mêmes conditions que le panga. Quelques faits :

  • 16000 km pour arriver sur nos marchés
  • élevage ravagé par le virus AIS (conséquences des conditions d’élevage)
  • contamination aux poissons sauvages
  • conditions sanitaires et environnementales complètement oubliées
  • prolifération de l’algue rouge rendant impropre la consommation des crustacés locaux
  • en 2009, le gouvernement a dû admettre que les 560 “fermes” avaient utilisé 400 t d’antibiotiques (500 fois plus qu’en Norvège !).
  • à noter que ce sont des sociétés norvégiennes qui dirigent ces exploitations leur permettant ainsi de contourner les réglementations européennes

Un point commun à tous ces “trafics” : la grande distribution qui encourage ce type de pratique afin de réduire les coûts et augmenter les marges.

Chapitre 6 : Les kilomètres s’entassent dans les assiettes

champ-pommes-de-terreExemple du voyage de la pomme de terre :

  • la production se fait en France (Nord notamment)
  • transport vers le Maroc ou la Tunisie pour être épluchée
  • transport vers la Turquie pour être transformée en frites (congelées) ou en chips
  • transport vers la France pour être conditionnée
  • vente en France… ou nouveau départ pour les chips vers l’Afrique du Nord ou la Turquie !

Nous mangeons un peu plus de viande de poulet et de bœuf que dans les années 1970, nous consommons un peu plus de fruits et de légumes, et les pommes de terre que nous mangeons, en moindre quantité, nous les retrouvons par exemple dans les chips additionnées d’huile de palme fournie par la déforestation de l’Indonésie.

Rien n’est jamais gratuit puisque, au bout du compte, il y a toujours quelqu’un, dans notre système économique et politique, qui doit acquitter la facture. Ainsi le flot des réfugiés économiques vers les nations industrialisées, la France et les autres, est accéléré par l’exploitation et l’appauvrissement que nous entretenons dans des pays africains avec l’épluchage de nos pommes de terre ou la culture des haricots verts.

Ainsi, exemple entre mille, le Provinciaal Instituut voor Milieu Educatie de la région d’Anvers a calculé qu’une simple soupe en boîte élaborée avec des tomates et des boulettes de viande totalisait, ingrédients et métallurgie de la boîte de conserve additionnés, près de 30000 kilomètres de voyages !

Quelques chiffres notables : empreinte écologique française : 5.3 ha/habitant, empreinte écologique mondiale : 2.2 ha/habitant ; les vêtements parcourent en moyenne 3000 km, les jeans, 8000 km avant d’être achetés. Cette empreinte dépasse donc la capacité de renouvellement des ressources naturelles de la planète.

 empreinte-ecologique_biocapacité

 Nous constatons une non-volonté des instances telles que l’U.E. ou l’O.M.C. de légiférer sur la transparence des origines et des kilomètres “dépensés” avant d’arriver sur nos étalages. Qui plus est, tout devient flou dès lors qu’un produit est transformé. Comme nous l’avons déjà évoqué, il suffit d’un passage sur un territoire national pour obtenir la nationalité souhaitée.

Chapitre 7 : De la fraise à l’Airbus, tout est délocalisable

Effet de la mondialisation sur des produits dits français. L’auteur fait une digression vers les secteurs industriels automobiles ou aéronautiques afin de montrer que là aussi les kilomètres se cumulent.

Rappel des chiffres de la production automobile française

Peugeot-Citroën monte en France 47% de sa production, Renault 25% (en 2003 cette valeur était de 46%, le développement de l’alliance avec Renault-Nissan au travers des marques Renault, Nissan, Dacia, Samsung doit pouvoir expliquer, en partie, cette diminution rapide, l’auteur cependant n’en fait pas mention et nous ne savons pas si nous parlons de Renault exclusivement ou bien de l’ensemble).

En fait, les industriels délocalisent les émissions de CO² lors de la production, les importations faussent donc le bilan carbone des produits achetés. En fait, nous exportons nos déchets vers le tiers-monde.

Conclusion : Et pendant ce temps-là, le gaspillage de nourriture…

Nous sommes confrontés à une démographie galopante. 2011 verra la population de la planète Terre passer le cap des 7 milliards d’habitants. On nous annonce 9 milliards pour 2030 (voire avant). Pourra-t-on nourrir tout le monde ? Le schéma mis en place aujourd’hui ne semble pas adapté pour répondre à cette demande. Alors que dès à présent des problèmes de nutrition touchent une grande partie des populations du Sud, les USA détruisent 40% des produits agricoles qui sont produits ou qui arrivent sur leur territoire… car non-conformes ! Nous en revenons, une fois encore, à l’archétype du produit marketing. En France, ce chiffre s’établit à 30%.

Une enquête menée en Grande-Bretagne en 2007 sur le contenu des poubelles anglaises à révéler qu’un tiers des aliments achetés sont jetés et pour 20% d’entre eux encore dans l’emballage !

Claude-Marie VADROT conclut cependant son ouvrage sur une note optimiste.

Bilan de toutes ces constatations : à peu près la moitié des nourritures produites chaque année sur la planète n’est jamais consommée et donc perdue ou jetée.

Ce constat ne relativise pas toutes les turpitudes de l’industrie agroalimentaire, notamment lorsqu’elle organise les gaspillages, mais il rappelle que l’espoir de nourrir le monde entier avec les ressources actuellement disponibles n’est pas une utopie. Surtout si les sociétés se décident enfin à consommer ce qui pousse dans leurs espaces géographiques, en respectant, partout, les lois de la proximité qui économisent la planète et les ressources naturelles.

Postface : La fin du voyage

L’épisode du volcan islandais qui a bloqué les avions au sol a mis en évidence, pour une trop courte durée, le besoin de transport à tous les niveaux de l’économie. Les media ont mis en scène les naufragés des aéroports et la majorité s’est identifiée à ces personnes bloquées. Un rappel cependant de quelques chiffres : si au moins 70% des cadres dirigeants effectuent plus de 10 voyages aériens par an, seulement 1% des autres catégories voyagent en avion ! Et malgré l’avènement des compagnies low-cost, les voyages aériens pour les ouvriers, employés et agriculteurs stagnent ou diminuent. Est-il donc normal de réellement s’identifier à ces voyageurs en perdition ?

Une illusion d’optique médiatique et sociétale.

Hormis ces désagréments au niveau humain, ce sont les gros importateurs de fruits, de légumes et de fleurs notamment qui ont le plus souffert. Mettant en exergue la fragilité du schéma “industriel” mis en place pour approvisionner nos marchés. Nous pourrions utiliser l’image du grain de poussière qui grippe la mécanique ! Seule la presse spécialisée a abordée (par le côté des pertes) cet aspect de l’épisode du poussières volcaniques. Le pire de cet épisode est que les pertes ont finalement été absorbées, pour une grande partie, par les populations du sud : il est simple de mettre au chômage (sans contrepartie bien entendu) les employés locaux… la “machine” de production à l’arrêt en quelque sorte !

Comme cela a été dit tout au long de ce plaidoyer contre le gaspillage des importations massives vers un pays qui se prétend encore agricole, le seul remède est de produire local et de consommer local, en réduisant, autant que faire se peut, la distance entre les paysans et les consommateurs. Une recette qui vaut également pour les pays du Sud, pour peu que nous cessions de leur imposer nos modèles de production et de consommation.

Que faire ? Petites et grandes solutions

Des solutions existent, qui, bien entendu, vont chambouler les habitudes. Cependant, la décision nous appartient. Voulons-nous continuer à consommer ce que les marketeurs de la grande distribution souhaitent nous faire consommer sous prétexte que c’est meilleur pour notre santé ? Si la réponse est non, des solutions sont à notre disposition.

  • consommer les produits de saison
  • adhérer à une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture Paysanne) qui permet de consommer local et “de saison”. Les AMAP sont en pleine expansion (en 2010 entre 2500 et 4500)
  • cultiver son jardin. 250 à 400 m² peuvent suffire à nourrir une famille de 4 personnes (des techniques existent pour les petites surfaces, notamment la culture en carré)
  • fréquenter les marchés et acheter aux producteurs locaux
  • acheter en direct aux producteurs
  • cueillir soi-même, certains agriculteurs, notamment pour la fraise et les fruits rouges permettent la cueillette (sans oublier que les chemins de campagnes abritent quelques fruitiers laissés à l’abandon) 

mais aussi :

  • profiter des surproductions estivales du voisin jardinier,
  • faire soi-même ses yaourts, ses confitures, ses conserves
  • réduire sa consommation de viande (rouge principalement)
  • réfléchir à l’origine des articles (vêtements, chaussures…) avant de les acheter, certes bon marché mais qui ne dureront pas (un adage populaire ne dit-il pas : il faut être riche pour acheter bon marché !)

Il est donc rentable, économiquement, socialement, personnellement et écologiquement parlant, de céder de moins en moins à la tentation du jetable. En se disant aussi, forme de parabole sur la mondialisation, que les mauvais fruits et les mauvais légumes sont entrés dans l’ère du jetable et que le moins cher n’est pas forcément le meilleur, même dans le domaine de l’alimentation. Jamais nul ne mettra à la poubelle un bon fruit, un bon légume ou un bon plat, alors que l’on jette facilement une nourriture médiocre.

Crédits photos :

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Didier RAMON

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